Général

Project Drawdown

Dans une habitude à la fois, je parle généralement d’action individuelle que l’on peut faire pour réduire notre empreinte environnementale. Cette fois, je vous parle d’actions mondiales, afin de réduire les gaz à effet de serre (GES) et mieux lutter contre les changements climatiques.

Qu’est-ce que Project Drawdown

Le projet a été fondé par Paul Hawken dans le but de documenter les façons les plus efficaces de freiner les changements climatiques, et surtout, de les communiquer. Il regroupe plus de 200 géologues, ingénieurs, agronomes, chercheurs, climatologues, biologistes, botanistes, économiste, analystes financiers, architectes, et autres experts qui ont calculé quelles actions auraient le plus grand potentiel de réduire les GES à un niveau mondial. Les actions sont généralement des actions qui pourraient être faites par des gouvernements que par des individus.

Cent différentes actions ont été évaluées et classées selon leur potentiel de réduction des GES. L’objectif est d’éviter l’augmentation des températures mondiales au-delà de 1,5°C par rapport au niveau préindustriel. L’effet des actions a été calculé pour une échéance à 2050. De plus, le coût de chaque action a été évalué, ainsi que l’argent qui pourrit être économisé par l’action (en milliard de dollars).

Les actions proviennent de différents secteurs : Production d’électricité, alimentation, femmes et filles, planification urbaine, utilisation des sols, transports, matériaux et nouvelles technologies.

Les secteurs évalués

La génération d’électricité produit 40% des émissions de GES annuelles mondiales, principalement parce qu’elles sont produites à 67% par de l’énergie fossile. Produire de l’ « énergie verte » est une piste de solution, surtout si elle vient de la biomasse, la géothermie, l’éolien, l’hydroélectricité ou des panneaux solaires.

L’alimentation est aussi l’un des grands producteurs mondiaux de GES. La production et l’élevage comptent pour environ 12% des émissions. Il ne faut pas oublier l’impact environnemental de la réparation, la consommation et des résidus sur l’environnement. Les actions évaluées comprennent le compostage, la gestion du surplus de nutriment, l’alimentation riche en végétaux, la réduction du gaspillage alimentaire ainsi que divers types d’agriculture « non industrielle ».

Les femmes et les filles sont un secteur ciblé, mais quel est le lien avec l’environnement? L’éducation des filles ainsi que la planification familiale mène à une diminution du nombre d’enfants qu’elles auront, soit une réduction indirecte des émissions de GES jusqu’en 2050. Moins la population mondiale sera grande, moins il y aura de GES.

La planification urbaine et les infrastructures sont un secteur qui engendre des émissions de GES indirectement. Les actions proposées dans ce secteur touchent, entre autres, les réseaux de pistes cyclables, les toits verts, l’isolation des bâtiments, les thermostats intelligents et les villes piétonnes.

La déforestation et la dégradation des écosystèmes sont responsables de près de 12% des émissions anthropiques de gaz à effets de serre. Des actions pour la protection et la restauration des écosystèmes à forte captation de CO2 sont évaluées.

Le secteur du transport compte pour 14% des émissions mondiales de GES. Dans certains pays, la part de GES du transport compte pour 35% des émissions. C’est pourquoi ce secteur économique attire l’attention pour la réduction des GES. Cependant, plus les pays et les habitants sont riches, plus le transport est important pour cette population. Il est donc difficile de concilier l’essor économique d’un pays et le bien-être de ses habitants avec une diminution des transports. C’est pourquoi on mise plus souvent sur l’efficacité énergétique, le transport en commun ou les sources alternatives de déplacement.

Les matériaux, incluant leurs déchets, sont signe de notre époque du gaspillage. Même si dans les pays industrialisés le recyclage est généralement implanté, ce n’est pas partout le cas. Des actions concernant le recyclage domestique ou industriel, en plus de ciment moins polluant (le ciment compte pour 5 à 6% des émissions mondiales de CO2 à lui seul) et des remplacements au plastique sont évalués.

Enfin, le projet Drawdown a évalué des technologies qui sont encore en développement, mais qui ont un bon potentiel de réduction des GES comme les véhicules autonomes, la permaculture marine ou la culture du chanvre.

Le top 10

Après leurs calculs, les scientifiques du Project Drawdown ont comparé les résultats pour classer les actions évaluées. Voici le top 10 des actions à prioriser, selon leurs résultats.

10. Toitures photovoltaïques

L’installation de toitures photovoltaïques, principalement chez les populations où l’électricité n’est pas accessible, permettrait de réduire l’utilisation de produits pétroliers pour le chauffage, l’éclairage ou la production l’eau chaude. Réduction estimée à 24.60 Gt d’équivalent CO2 (eq.-CO2).

9. Pâturage intégrant les arbres

L’intégration d’arbre dans les pâturages permet, par les arbres, de compenser pour les émissions de méthane des animaux. De plus, pour les producteurs peuvent tirer profit des arbres par la production de noix, de puits ou de champignons, en plus de celui du bétail. Réduction estimée à 31.19 Gt eq.-CO2.

8. Centrales électriques solaires

Le soleil est une source illimitée d’énergie propre et gratuite. Il suffit de la capter. Les centrales de panneaux solaires peuvent être installées dans le désert, des dépotoirs ou flottant sur des réservoirs. Une bonne façon de rentabilité de l’espace. En passant de 0.4% à 19.2% d’énergie solaire, la réduction est estimée à 31.19 Gt eq.-CO2.

7. Planification familiale et 6. Éducations des filles

Ces deux éléments sont difficilement dissociables. L’éducation des jeunes filles et la planification familiale sont avant tout des actions qui avantagent les filles, les femmes et leurs enfants. C’est une mesure sociale qui apporte une grande réduction potentielle des émissions de GES. Un moins grand nombre de naissances provoque indirectement une diminution des GES.

Les jeunes filles ayant reçues une éducation secondaire ont généralement moins d’enfants, en plus d’avoir une vie moins précaire et une meilleure santé. La planification familiale touche plus les pays industrialisés. Par exemple, aux États-Unis, 45% des grossesses ne sont pas planifiées.

Il n’est pas question de limiter le nombre d’enfants par famille par des mesures gouvernementale, mais bien que, pour leur bien-être et celui de leur famille, les femmes aient le nombre d’enfants qu’elles désirent. Réduction estimée à 51.48 Gt eq.-CO2 pour chacune des deux actions. En combinant les deux éléments, ce sont les mesures ayant le plus grand impact de réduction des GES.

5. Restaurations des forêts tropicales

Les forêts tropicales ne recouvrent plus que 5% de la surface terrestre, alors qu’à l’origine elles en couvraient 12%. Les forêts tropicales permettent de séquestrer du carbone, en plus d’accueillir une faune et une flore diversifiée. Restaurer 50% des forêts tropicales disparues permettrait une réduction estimée de 61.23 Gt eq.-CO2.

4. Remplacer 50% de la viande par des végétaux dans l’alimentation

Si la production mondiale de bétail était un pays, il serait le 3e plus gros émetteur de GES. Si tout le monde adoptait une diète végétarienne, les émissions courantes de GES seraient réduites de 63%, et jusqu’à 70% pour une alimentation végétalienne. C’est probablement l’action individuelle qui a le plus d’impact sur l’environnement. Réduction estimée de 66.11 Gt eq.-CO2.

3. Gaspillage alimentaire

Le tiers de la nourriture produite ne se rend pas jusqu’à l’assiette. Le gaspillage alimentaire compte pour 8% des émissions globales de GES. Dans les pays pauvres, la nourriture se perd surtout dans les champs ou lors d’en entreposage inadéquat, alors que dans les pays riches, le gaspillage se fait surtout sur des critères esthétiques ou à la maison, alors qu’elle n’est pas consommée. Une réduction de 50% du gaspillage alimentaire permettrait une réduction estimée de 70.53 Gt eq.-CO2.

2. Éoliennes terrestres

Les éoliennes terrestres ont l’avantage de couvrir une petite superficie de terrain et d’ainsi permettre une utilisation simultanée du sol pour d’autres activités tel que le pâturage, l’agriculture ou diverse activités récréative extérieure. Il est estimé que d’ici une décennie, l’énergie éolienne sera l’énergie la moins chère. Mais pour s’assurer un apport en continu en électricité, l’éolien, comme les autres sources d’énergie renouvelables doivent être combinées dans un réseau de diverses sources d’électricité et optimisées. Passer de 2.9% à 21% de production d’électricité par éolienne terrestre permettrait une réduction estimée de 84.60 Gt eq.-CO2.

1.    Récupération des gaz réfrigérants

L’action la plus bénéfique a surpris les chercheurs eux-mêmes. On n’en entend parler nulle part, et cette action n’est sur les radars d’aucun gouvernement. L’impact des gaz réfrigérants comme GES est sous-estimé.

Les hydrochlorofluorocarbones (HCFC) sont des produits réfrigérants que l’on retrouve couramment dans des appareils de climatisation ou réfrigérateur. Les HCFC sont de 1000 à 9000 plus puissants en matière de réchauffement que le CO2. C’est ce qui explique en partie pourquoi on le retrouve en première position.

Les émissions de HCFC se font principalement à la fin de vie des appareils. Un système de récupération et de destruction des HCFC devrait être mis en place, en plus d’interdire leur utilisation. Récupérer 87% des gaz réfrigérants permettrait une réduction estimée à 89.74 eq.-CO2.

Un programme semblable a été mis en place avec succès en 1990. Vous n’entendez plus parler du trou dans la couche d’ozone? C’est qu’il se répare tranquillement depuis. Le Protocole de Montréal a permis de mettre en place mondialement des actions de récupération des substances appauvrissant la couche d’ozone (SACO) comme le chlorofluocarbone (CFC), et d’en interdire l’utilisation. Faire quelque chose de semblable avec les HCFC serait tout aussi possible.

Conclusion

Ce que j’aime le plus du projet Drawdown, c’est qu’il parle de solutions. Des solutions concrètes et réalisables, appuyées par des données fiables. Ça me donne envie de me retrousser les manches et d’affronter intelligemment les changements climatiques.

Bien sûr, cela n’empêche pas de faire des actions quotidiennes pour réduire votre empreinte écologique. Cependant, les gouvernements devront adopter des mesures pour lutter contre les GES. Bonne nouvelle, le Project Drawdown est là pour eux.


Références

Barlow, J. (2019). La liste qui pourrait tout changer. L’actualité, 52-57.

Project Drawdown. (2019). 100 Solutions to reverse global warning. Récupéré sur Drawdown: https://www.drawdown.org/

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