Empreinte écologique

Est-ce qu’avoir des enfants est mauvais pour l’environnement?



De plus en plus de personnes renoncent à avoir des enfants, ou décident d’en avoir « un de moins » pour des raisons environnementales. Certains vont même jusqu’à dire que si c’était à refaire, ils n’auraient pas d’enfants.

C’est un sujet très sensible, mais qu’on entend de plus en plus parler. Je voulais donc explorer le sujet autrement que par des témoignages individuels. J’ai trouvé trois différentes raisons principales pour lesquelles certains renoncent d’avoir des enfants pour des raisons environnementales.

Raison 1 : Ne pas faire vivre à son enfant la fin du monde

Les changements climatiques, la pollution et, qui sait, la guerre sont de grandes menaces pour l’humanité. Il y a de quoi inquiéter les écoanxieux et les autres en regardant ce qui se passe sur Terre. Mais même sans ces problèmes, donner naissance à un enfant l’a toujours « condamné à mort ». Désolé de vous l’apprendre, mais … nous allons tous mourir un jour ou l’autre, et vos enfants aussi. Est-ce une raison suffisante pour ne pas vivre?

Raison 2 : Chaque nouvel humain ajoute des émissions de CO2

Puisque chaque humain doit se loger, se nourrir et s’habiller, au minimum, il est vrai dire que chaque humain contribue à l’empreinte écologique mondiale. Mais de combien?

« L’enfant de moins »

En 2017, une étude a tenté de déterminer quelle action individuelle avait le plus d’impact sur la réduction des gaz à effet de serre.

Action Réduction des émissions en tonne éq. CO2/an
Recycler 0.21
Devenir végétarien 0.8 (de 0.3 à 1.6)
Éviter un vol transatlantique 1.6 (de 0.7 à 2.8)
N’avoir aucune voiture 2.4 (de 1 à 5.3)
Avoir « un enfant en moins » 58.6 (de 23.7 à 117.7)

À regarder ces résultats, on a de bonnes raisons de croire que les enfants sont mauvais pour l’environnement. Cependant, certains scientifiques remettent en doute la méthodologie du calcul pour les émissions produites par un enfant.

Il faut savoir que les calculs ont été faits dans une optique de cycle de vie pour. Par exemple, pour un vol transatlantique, en plus de considérer l’étape utilisation (le kérosène), on inclura l’impact de l’extraction des matières premières, de la fabrication, du transport des pièces et de la fin de vie de l’appareil.

Dans le cas de l’enfant en moins, les émissions estimées de toute la vie de l’enfant ont été divisées entre les deux parents. Et comme celui-ci aura probablement des enfants, on a aussi ajouté la part des émissions de ses enfants (les petits-enfants) selon le même principe… et de ses enfants à lui, ainsi de suite, de génération en génération, jusqu’à ce que l’impact soit négligeable. Devrait-on reporter toutes les émissions des dix générations à venir sur vos émissions à vous? Je ne pense pas, et le calcul n’a jamais été fait de cette façon.

Le Nord-Américain moyen (le plus grand pollueur par personne) émet 22.5 tonnes d’éq. CO2/an. Pour réduire son empreinte écologique, l’un d’eux pourrait simplement dire qu’il aura « un enfant en moins ». Le voilà devenir super écologique avec -36.1 tonnes éq. CO2/an. Ça ne fait pas de sens.

On ne peut pas dire que ne pas avoir d’enfant vous rend plus écologique, puisque chaque individu porte son « fardeau » écologique. Vous créez un nouvel humain, il aura sa propre empreinte écologique. Cette empreinte varie selon différents facteurs, ce qui nous mène à la troisième raison.

Raison 3 : Plus il y a d’humains, moins il y a de ressources pour chacun

L’empreinte écologique mondiale est le ratio entre la superficie biologiquement productrice et la population mondiale. La superficie biologiquement productrice consiste en la superficie de sols et d’eau nécessaire à la production de biens et de services et à l’absorption des déchets ou des rejets. Par exemple, les superficies de forêts vierges y sont incluses, car elles participent à la captation du CO2, mais les déserts y sont exclus, car ils n’entraînent aucune activité de production ou d’absorption. Ainsi, il est vrai de dire que chaque personne supplémentaire réduit la « part » de planète de chacun.

Qu’en est-il de la superficie biologiquement productrice mondiale? Les choses ne vont pas mieux de ce côté. La destruction des écosystèmes pour les convertir en pâturage ou en terrain construit réduit aussi la part de chacun. On peut voir dans le graphique suivant que c’est la combinaison de la perte de superficie biologiquement productrice et l’augmentation de la population qui réduit notre « part » de planète Terre.

L’accaparement des terres pour la production de bien et de services est tout aussi responsable de la forte empreinte écologique des pays riches que l’augmentation de la population. Puisque l’empreinte carbone compte pour 55% de l’empreinte écologique, la restauration de forêts vierges pouvant capter le CO2 que nous émettons et la réduction de notre dépendance aux combustibles fossiles sont des éléments qu’il ne faut pas négliger. Continuons tout de même avec l’augmentation de la population mondiale.

Enfant = pollution?

Si vous pouvez choisir de ne pas avoir d’enfant, ou en choisir le nombre, vous ne participez probablement pas à la surpopulation planétaire.

Population et taux de fécondité

L’Organisation des Nations Unies (ONU) estime la population mondiale actuelle à 7.7 milliards de personnes. Avec des projections de près de 10 milliards de personnes en 2050. Les principales raisons de l’augmentation de la population mondiale sont les progrès de la médecine moderne et l’amélioration du niveau de vie. La population mondiale augmente pour deux raisons : la diminution de la mortalité infantile, juvénile ou maternelle, en plus de l’accroissement de l’espérance de vie.

Cependant, la majeure partie de l’augmentation de la population mondiale se fera en Afrique. Dans les pays riches, la population vieillie et les naissances sont en déclin. Par exemple, en 2017, le taux de fécondité des Québécoises était de 1.54 enfant par femme. C’est bien en dessous du seuil de renouvellement de la population à long terme de 2.1 enfants par femme.

L’empreinte écologique par pays

En regardant le graphique suivant, on remarque que les pays où l’empreinte écologique la plus grande, sont les pays où le taux de fécondité sont généralement les plus bas. Les pays d’Afrique, d’où viendra la hausse de population des prochaines années, sont les pays où l’empreinte écologique est la plus basse.

Mondialement, on observe que plus les femmes ont d’enfants, moins leur empreinte écologique de leur mode de vie est grande. On est loin de l’enfant de moins pour sauver la planète! Mais détrompez-vous, ce n’est pas un lien de cause à effet.

Alors, combien d’enfants?

L’enfant aura l’empreinte écologique de là où il nait. Dix enfants africains pourraient avoir une plus petite empreinte écologique qu’un seul enfant nord-américain. Est-ce qu’on devrait limiter le nombre d’enfants par femmes pour lutter contre l’augmentation de la population?

Politique de l’enfant unique

En 1979, le Parti communiste chinois impose un maximum d’un seul enfant par famille. À l’époque, le gouvernement voulait freiner la croissance de la population et alléger la demande en eau et d’autres ressources. En 25 ans, cette politique aurait empêché la naissance de 400 millions d’enfants selon le gouvernement.

On n’avait pas tenu compte d’un facteur culturel. Les femmes, une fois mariées, avaient le rôle traditionnel de s’occuper, entre autres, des parents vieillissants de leur mari. Ainsi, de nombreux parents ont favorisé la naissance de garçon, amenant un ratio de naissance de 120 garçons pour 100 filles en 2005.

Des bébés filles ont été abandonnés et, plus tard, avec l’arrivée des échographies de grossesse, avortés. La politique de l’enfant unique a complètement cessé en 2017, afin de redonner un équilibre homme/femme. On estime tout de même qu’il manquerait de 30 à 40 millions de femmes en Chine.

Malthusianisme

Thomas Malthus était un économiste du 18e siècle. Il s’inquiétait, il y a deux cents ans de cela de l’augmentation de la population. À l’époque, la mondialisation ne permettait pas les échanges internationaux comme aujourd’hui, les territoires étaient dépendants de leurs ressources internes. Selon ses théories, si on laissait les choses aller le taux de natalité allait dépasser la quantité de nourriture disponible. La population de se retrouverai dans une situation de famine et de crise. Il était contre les politiques de natalité et tout ce qui pouvait ressembler à de la charité.

Sa catastrophe annoncée ne s’est pas réalisée. Il y a maintenant sept fois plus d’humains sur Terre. Comment a-t-on fait pour soutenir l’augmentation de la population? Malthus ne pouvait pas savoir qu’il y aurait une révolution agricole.

Paul Ehrlich, un professeur de biologie a repris à peu près les mêmes idées que Malthus dans les années 1960. Il annonce qu’il y aura des millions de morts causés par le manque de ressources. Il est contre l’aide internationale et tout soutien aux pauvres pour le pas les « encourager » à se reproduire. Il aurait même proposé stérilisation chimique de la population à travers l’eau potable, projet à l’éthique plus que discutable.

Encore une fois, les prédictions ne se sont pas réalisées. Il n’avait pas prévu que les femmes prendraient contrôle sur le corps, notamment via la contraception.

Les femmes en contrôle de leur corps

Le principal facteur qui influence le nombre d’enfants qu’une femme va avoir, c’est son accessibilité à l’éducation. Plus les femmes ont accès à l’éducation, plus elles ont plus de contrôle sur leur vie. Elles peuvent décider du nombre d’enfants qu’elles auront, que ce soit aucun, un, deux, trois ou dix. C’est dans les sociétés où les femmes sont les plus éduquées que le taux de natalité est le plus bas.

Alors, si vous craignez la surpopulation mondiale, intéressez à l’éducation des jeunes filles dans les pays en développement, plutôt que de leur imposer un quota d’enfant aux femmes. La planification familiale, l’accès à la contraception, à l’avortement et à des soins de santé sont d’autres façon pour les femmes d’avoir le contrôle sur leur corps et sur le nombre d’enfants qu’elles veulent bien avoir.

D’ailleurs, en combinant l’impact de l’éducation des jeunes filles et de la planification familiale, de projet Drawdown estime que ce sont les actions qui auraient le plus grand impact sur la réduction des émissions de CO2, soit 102.96 gigatonnes d’éq. CO2 d’ici 2050.

Alors, est-ce que d’avoir des enfants est mauvais pour l’environnement? Pas plus que vous ne l’êtes. Une des meilleures choses qui peut arriver à la Terre, c’est que toutes les femmes aient le nombre d’enfants qu’elles désirent et choisissent d’avoir.


Références

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