Biens de consommation et services

Choisir son sac réutilisable

Les sacs réutilisables sont de plus en plus communs dans nos vies, surtout utilisés pour transporter l’épicerie. Cependant, tous les sacs réutilisables ne sont pas si écologiques que ça. Je vais tenter de démêler le tout et de vous proposer les meilleures options de sacs réutilisables.

Pourquoi est-ce bon pour l’environnement?

De façon générale, en se basant sur les principes du 4RV, on peut dire que réutiliser un sac est beaucoup plus écologique que de le jeter. On augmente ainsi sa durée de vie utile et on évite la production de nouveaux sacs. C’est pourquoi, avant de commencer à penser à acheter un sac réutilisable, vous devriez utiliser au maximum les sacs que vous possédez déjà.

Les différents types de sacs

J’ai trouvé quatre catégories de sacs réutilisables : les sacs jetables réutilisés, les sacs en plastique, les sacs en tissus et les sacs en végétaux.

Les sacs jetables réutilisés

Ce sont les sacs en plastique que les commerçants donnent lors des achats, ou qu’on paie maintenant généralement 5 ou 10 cents en magasin. Ces sacs ne sont pas conçus dans le but d’être réutilisés. Leur qualité est assez variable, certains étant encore très minces, d’autres plus épais. On les appelle des sacs jetables, mais, s’ils sont en bon état, ils peuvent être réutilisés ou valorisés.

Les sacs en plastique réutilisables

Ce sont les sacs en plastique que l’on achète dans le but de les réutiliser. Je pense notamment aux sacs réutilisables vendus en épicerie. Le plastique est robuste et ils sont conçus pour durer.

Les sacs en tissus

Le tissu peut être fait de polyester, coton, lin, etc. La matière est tissée et le sac est conçu pour être réutilisé. Il est aussi possible de réparer les trous avec du fil et une aiguille.

Les sacs en végétaux

On peut inclure dans cette catégorie les sacs et paniers en paille, rotin, osier. La matière est généralement tressée, ce qu’on appelle de la vannerie.

Analyse de cycle de vie des sacs d’emplettes

En décembre 2017, Recyc-Québec a publié une ACV sur les différents sacs d’emplettes. Dans la catégorie des sacs jetables, on a évalué les sacs de plastique conventionnels (17 microns), oxobiodégradables, compostables, épais (50 microns) et les sacs en papier. Pour les sacs réutilisables, on a évalué les sas en polypropylène (PP) tissé, en PP non tissé, en coton et en polyéthylène écoconçu.

Le but était alors d’aider les commerçants à choisir la meilleure option de remplacement aux sacs de plastique conventionnels, qui commençaient à être interdits au Québec au cours de l’année 2018.

Constats

Sacs jetables

Le « meilleur » sac jetable reste le sac de plastique conventionnel de 17 microns, principalement parce qu’il nécessite peu de matière et d’énergie à produire. Son impact négatif se produit lorsqu’il est abandonné dans l’environnement. Son bon résultat provient du fait qu’au Québec, un peu plus de 75% de ces sacs sont utilisés pour remplacer des sacs à ordures, ce qui leur crédite l’impact dudit sac à ordure.

Cependant, comme tout sac en plastique, il y est très persistant dans l’environnement. On a tous entendu parler d’animaux marins retrouvés morts l’estomac plein de sacs de plastique. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on ne veut plus les voir ni l’utiliser. L’option oxobiodégradable n’est pas mieux sur ce point. Plutôt que d’avoir des sacs de plastique complets ingérés, ce sont les microplastiques qui le sont, par de plus petits organismes. La chaîne alimentaire complète est atteinte.

Le sac de plastique épais est une meilleure option que le sac conventionnel s’il est réutilisé entre 3 à 6 fois. Les sacs en bioplastiques et en papier un faible impact lors de l’abandon dans l’environnement, mais le problème c’est qu’ils ont de forts impacts sur la santé humaine, la qualité des écosystèmes et l’utilisation de ressources fossiles, ce qui n’en fait pas des meilleures options.

Sacs réutilisables

Pour déterminer qu’elle est la meilleure option pour un sac réutilisable, on regarde combien de fois il doit être réutilisé pour que son impact devienne moindre par rapport au sac jetable ayant le plus faible impact, ici le sac de plastique conventionnel.

Tiré de : (Recyc-Québec, 2017)

On peut voir sur l’image précédente, les sacs réutilisables doivent être utilisés minimalement entre 35 et 75 fois pour que leur impact soit moindre que le sac en plastique conventionnel, à l’exception du sac en coton, qui lui devrait être utilisé entre 100 à 2954 fois. Si vous utilisez votre sac en coton une fois semaine, vous devrez l’utiliser pendant 57 ans pour qu’il ait moins d’impact environnemental que le sac de plastique conventionnel. Il y a peu de chance que ça se produise.

Pourquoi le sac en coton est-il si dommageable?

Il est contre intuitif que le coton soit pire pour l’environnement que les matières fossiles comme le plastique, mais c’est pourtant le cas. D’où l’utilité et la pertinence d’une approche globale comme les ACV et l’empreinte environnementale, plutôt que la simple optique du zéro déchet, qui s’intéresse uniquement à la fin de vie. Si l’on ne s’était intéressé uniquement à la fin de vie, le coton serait une des meilleures options avec le sac de papier et le bioplastique.

Entre 96.9% et 99.1% de l’impact environnemental du coton causé lors de la production. En fait, 75% de l’impact est causé par la consommation de l’eau pour l’irrigation des cultures chinoises de coton. Le coton est cultivé dans des zones où les précipitations sont insuffisantes pour ce type de culture et les méthodes d’irrigation sont inefficaces et provoque la salinisation des sols. L’eau étant rare, la santé humaine est grandement affectée par la culture du coton. De plus, la fabrication de textile de coton (préparation de la fibre et tissage) utilise l’électricité chinoise alimentée au charbon, ce qui nuit grandement à la qualité des écosystèmes et à l’utilisation des ressources fossiles.

Le coton lui-même n’est pas le problème – c’est tout de même une fleur – mais sa production industrielle. N’empêche, c’est de cette façon que le coton conventionnel est produit de nos jours, et c’est l’impact qu’il a sur l’environnement. C’est pourquoi le coton conventionnel n’est pas un bon choix pour l’environnement.

Les sacs réutilisables en tissus

Le coton conventionnel n’est pas reconnu comme étant un tissu écologique. MADE-BY a classé différents types de tissus afin d’aider les créateurs à faire des choix de tissus plus écologiques. Les tissus sont triés par classe, du plus durable (classe A) au moins durable. (Classe E.) Les tissus suivants n’ont pas été classés : acétate, laine d’alpaga, laine Cashmere, cuir, laine mohair, bambou naturel, laine biologique et soie.

Classe AClasse BClasse CClasse DClasse E
Nylon recyclé mécaniquementNylon recyclé chimiquementLin conventionnelModal® (Viscose)Viscose de bambou
Polyester recyclé mécaniquementPolyester recyclé chimiquementChanvre conventionnelPolyacryliqueCoton conventionnel
Lin biologiqueLin CRAiLAR®PLA (Acide polylactique)Polyester viergeViscose
Chanvre biologiqueCoton en processus de certification biologiqueOrtie ou ramie Rayonne
Coton recycléMonocel ® (Lyocell de bambou)  Spandex (Élastane)
Laine recycléeCoton biologique  Nylon vierge
 TENCEL ® (Lyocell de déchets de coton)  Laine
Traduit de : MADE-BY Environmental Benchmark for fibers (MADE-BY Label UK Ltd.)

De façon générale, les tissus recyclés et biologiques sont des meilleurs choix lorsque l’on doit choisir un tissu. J’ajouterai que le facteur « cultivé localement » et « culture adaptée au climat » peut jouer en grand rôle sur la réduction des effets négatifs environnementaux, en plus de son lieu de tissage (source d’énergie pour l’électricité).

Combien de fois mieux?

Selon une ACV que j’ai trouvé qui comparait sommairement le coton conventionnel, le coton biologique, la jute et le kenaf, le coton biologique a environ 60% à 80% moins d’impact sur l’environnement que le coton conventionnel, selon les catégories d’impacts que j’ai pu comparer. Si l’on fait le parallèle avec l’étude sur les sacs d’emplettes, le sac d’emplettes en coton biologique aurait besoin de n’être réutilisé au mieux que 591 fois, soit environ 11 ans.

Les fibres issues des écorces, telles que le lin, la jute, le chanvre et le kenaf sont généralement meilleurs environnementalement que le coton biologique, environ 2 à 3 fois meilleur selon la même ACV. Ce sont des plantes qui poussent généralement rapidement, avec peu d’eau et d’entretien, d’où leur meilleur résultat. La fibre doit tout de même être tissée, ce qui demande de l’énergie.

Les sacs réutilisables en végétaux

J’ai trouvé ici bien peu d’information sur les impacts environnementaux des cultures de rotin, osier ou de la paille. Pour la suite, j’ai donc évalué avec mes connaissances et mon jugement. Je ne peux malheureusement pas faire de comparaison avec le sac de plastique conventionnel.

Les vanneries sont principalement faites de rotin, osier ou de paille. Le rotin provient de l’intérieur d’une liane d’un arbre d’Asie du Sud-Est et l’osier est une pousse de saule séchée qu’on trouve dans les zones plus tempérées. La paille, quant à elle, est définie comme une tige ou une feuille d’un herbacé de forme allongée. La paille est généralement un « sous-produit », c’est-à-dire qu’on ne cultive pas de la paille, mais ça pousse en même temps que ce que l’on produit. Les feuilles de maïs, de palmier ou de raphia sont souvent utilisées en vannerie.

À mon avis, les produits de vannerie sont plus écologiques pour les raisons suivantes :

  • Tout comme les plantes à fibre d’écorce (lin, chanvre), les plantes de vanneries poussent rapidement, sans grand apport en eau et nécessite peu de machinerie pour les cultiver.
  • Peu ou pas de transformation n’est requise pour obtenir le matériel. On prend le matériau tel quel et on le fait sécher, avant de l’utiliser.
  • Dans le cas de la paille, on valorise un « déchet ». La paille n’aurait généralement pas d’autre utilité. Elle serait laissée sur place, ou utilisée comme combustible.
  • La vannerie est robuste. Essayez de casser un panier en osier!

De nos jours, on trouve bien peu de vannerie. Ce type de sacs ou de panier est un peu plus rare. Alors si vous en cherchez, vous pouvez aller voir le site Le Monde du panier pour des sacs et paniers en vannerie artisanale, dont certains ont des certifications écologiques.


Enfin, on se rend bien compte que le simple choix d’un sac réutilisable peut devenir un vrai casse-tête pour les écologistes avisés. Alors, n’oubliez pas ce que je vous aie dit au début de cet article. On se rappelle donc les principes des 4RV et on réduit au maximum le nombre de sacs que l’on possède. S’ils brisent, on les répare. Et c’est seulement en dernier recours que l’on s’en procure un nouveau. À ce moment seulement, vous pourrez commencer à chercher la meilleure option possible, à la lumière de cet article. Bonne chance!

Bibliographie

Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). (2017, Décembre). Rapport technique final – Analyse de cycle de vie des sacs d’emplettes au Québec.

Counsil of Fashion Designers of America. (2016). Material Index. Récupéré sur Counsil of Fashion Designers of America: https://cfda.com/resources/materials

La Rosa, A. D., & Grammatikos, S. A. (2019, Novembre 25). Comparative Life Cycle Assessment of Cotton and Other Natural Fibers for Textile Application. Fibers, p. 8.

MADE-BY Label UK Ltd. (s.d.). MADE-by Environmental Benchmark for fibers. Récupéré sur Common Objecttive: https://www.commonobjective.co/article/made-by-environmental-benchmark-for-fibres

Mason, j. (2018, décembre 14). Le soin de la vannerie et des matières végétales. Récupéré sur Gouvernement du Canada, Institut canadien de conservation: https://www.canada.ca/fr/institut-conservation/services/conservation-preventive/lignes-directrices-collections/vannerie-matieres-vegetales.html#a1a

Recyc-Québec. (2017, Décembre). Faits saillants des résultats de l’analyse de cycle de vie environnementale et économique des sacs d’emplettes. Récupéré sur RECYC-QUÉBEC: https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/acv-sacs-emplettes-faits-saillants.pdf.

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