Principes environnementaux

Faut-il être riche pour être écologique?

Les produits locaux, éthiques et biologiques, les nouvelles technologies « vertes », le kit zéro déchet et les sacs et contenants pour le vrac coûtent cher. Dans notre effort collectif à réduire notre empreinte écologique, on peut se poser la question, faut-il être riche pour être écologique?

Est-ce vraiment plus cher?

Pour être écologique, vous n’avez certainement pas besoin d’être riche. Par contre, il ne faut pas se faire prendre dans certains pièges et y aller graduellement. Les personnes ayant un peu de « lousse » budgétaire pourront cependant aller un peu plus loin dans la démarche écologique. Je crois qu’il y a différentes étapes par lesquelles on peut passer, plus ou moins rapidement, et selon nos revenus pour être de plus en plus écologique.

Vous commencez par l’étape 1. En consommant seulement ce qui vous est essentiel, vous économiserez de l’argent. Si vos besoins de base sont couverts (et les dettes payées), vous pouvez utiliser votre surplus d’argent pour acheter des biens de meilleure qualité, plus durables, au moment de les remplacer (Étape 2). Ne replacez pas ce qui est toujours fonctionnel. Quand vous aurez encore plus d’argent de côté – vous consommez peu et vos biens durent plus longtemps – vous pouvez aller vers des produits à valeur ajoutée (Étape 3).

Cette démarche va probablement prendre plusieurs années. J’ai commencé sérieusement ma transition écologique en 2017 en même temps que mon blogue, et elle n’est pas encore terminée.

Si votre revenu ne vous permet « que » l’étape 1, puisque vous avez de la difficulté à couvrir vos besoins de base, il ne faut pas croire qu’on n’est pas écologique. C’est le niveau le plus difficile à atteindre et celui qui a le plus grand impact.

Étape 1 – Les 5RV

Je reviens encore et toujours les 5RV : refuser, réduire, réutiliser, réparer, recycler et valoriser. Vous voulez être écologique, vous ne pouvez pas vous en sauver. C’est aussi la meilleure façon d’économiser de l’argent. Cependant, le recyclage ne s’applique pas vraiment pour ce sujet, à moins que vous receviez un bénéfice monétaire à recycler (ou réduire vos déchets).

Refuser, c’est accessible à tous. Nous n’avons pas besoin d’être riches pour ne pas acheter d’objets superflus. C’est à la fois la chose la plus écologique et la plus économique à faire, mais aussi la plus difficile. C’est aller à contre-courant et se déprogrammer à se récompenser avec de nouveaux objets ou de succomber à un nouveau modèle.

Réduire et réutiliser, c’est la ligne directrice pour les éléments essentiels à consommer. Par exemple, nous avons tous besoin de nous habiller. Par exemple, en créant une garde-robe capsule, on vise à réduire le nombre de vêtements que l’on possède, ce qui entraine forcément une réutilisation. Le même principe s’applique pour l’ameublement, la décoration, les outils, équipements de cuisine, appareils électroniques, etc. On en possède le minimum nécessaire et on remplace lorsqu’ils ne fonctionnent plus. Vous sauverez beaucoup d’argent à ne pas suivre les « nouvelles tendances » ou avoir « le nouveau modèle ». De plus, vous tirerez le maximum de ce que vous achetez. Vous ferez aussi des choix plus réfléchis, sachant que vous souhaitez garder l’objet 5, 10, 15 ans, plutôt que le remplacer dès que possible.

Réparer, il faut toujours garder cette option en tête! Est-ce possible de réparer cet objet? Si la réponse est non, demandez-vous s’il peut être replacé par un modèle qui pourra se réparer. Malheureusement, il coûte souvent plus cher de réparer un objet que d’en avoir un neuf, ce qui est un frein à cette option pour plusieurs. Cependant, si vous pouvez acheter de meilleure qualité, l’objet brisera (généralement) moins rapidement et le coût de réparation sera moins cher qu’un neuf, comme ç’a été le cas lorsque je suis allée au cordonnier pour la première fois de ma vie, il y a quelques années.

Valoriser, ce n’est pas toujours possible, mais si c’est possible, il ne faut pas passer à côté. Quand j’ai commencé à acheter à ma boutique d’aliment en vrac, je me suis acheté quelques contenants pour tester le principe. Assez rapidement, je me suis rendu compte que chaque semaine, beaucoup de contenants en plastique et en verre se retrouvaient au recyclage chez moi. Des pots de sauces pour pâtes et les condiments et des contenants pour le fromage, etc. Tous ces contenants sont gratuits et peuvent être réutilisés. Ça fait des moins belles photos Instagram, mais c’est drôlement plus écologique et économique.

Si vous suivez ces principes écologiques, vous serez beaucoup plus écologique que la majorité de la population, et vous avez probablement économisé beaucoup d’argent. Alors, pourquoi est-ce qu’on a l’impression qu’être écologique coûte cher?

Le problème de la consommation écologique

Maintenant que le zéro déchet, le minimalisme et autre habitude écologique sont à la mode, le capitalisme s’y infiltre tranquillement. Qui dit capitalisme, dit consommation, et trop souvent, surconsommation. C’est ici, je crois, que beaucoup tombent dans le piège et croient qu’il faut être riche pour être écologique.

Vous n’avez qu’à chercher « essentiel zéro déchet » dans votre moteur de recherche pour tomber sur des boutiques qui vous vendront des pailles en bambous, des sacs d’emplettes réutilisables et des bocaux en verre. Vous voulez être minimaliste? On vous vendra tous les objets et les vêtements essentiels à votre nouveau mode de vie. Même Marie Kondo, celle qui vous disait de ne garder que ce qui vous rend heureux, a une boutique pour vous vendre de nouvelles choses pour vous rendre heureux.

C’est normal de consommer, on ne peut pas tout fabriquer nous-mêmes. Prenez le temps pour vous demander si vous avez besoin de cet objet, et même, si vous ne le possédez pas déjà! Faites attention à cette surconsommation écologique, et revenez à la base.

Étape 2 – La valeur des choses

Une autre des raisons pour laquelle on a l’impression qu’il faut être riche pour être écologique est que les objets de meilleure qualité sont vendus plus cher. Si on regarde seulement le coût d’achat, oui, ils coûtent plus cher, mais à long terme, les objets de qualité coûtent moins cher.

Prenons un exemple simple, un t-shirt noir. D’un côté, il y a un t-shirt acheté en solde à 5$, qui au bout de 5 lavages (je suis généreuse) a perdu sa forme et les coutures se défont. De l’autre côté, il y a un t-shirt de meilleure qualité acheté 40$. Ce t-shirt est porté approximativement 50 fois par année grâce à ma garde-robe capsule. Quel t-shirt coûte le plus cher?

Pour les comparer, on peut utiliser le coût à chaque utilisation ou le coût annuel. Le coût d’utilisation est le coût d’achat divisé par le nombre de fois que celui-ci est utilisé. Le coût d’utilisation annuelle est le coût d’achat multiplié par le nombre de t-shirts nécessaire pour en faire une utilisation annuelle (être porté 50 fois).

Comparaison du coût réel d’un t-shirt

Dans les deux cas, le t-shirt de meilleure qualité revient moins cher à long terme. Si vous faites vos achats en tenant compte du coût d’utilisation et du coût pour l’utilisation annuelle, vous économiserez à long terme, en plus d’être plus écologique (10 t-shirts noirs en un an, c’est du gaspillage de ressources).

Étape 3 – Local, équitable, biologique, technologies vertes…

Ces produits sont plus chers parce qu’ils ont une valeur ajoutée comparativement aux produits conventionnels. Voici la signification des termes et pourquoi ces produits coûtent plus cher.

Local 

On parle d’un produit local, quand un produit provient la même région, la même province, même pays, ou dans un rayon de X kilomètres. Il n’y a pas de définition officielle de ce qu’est un produit local, mais l’idée est de réduire la distance entre l’origine du produit et son lieu de consommation. Généralement, on parle d’un produit local s’il provient du même pays que le consommateur, ou de la même province/région/état, etc.

En achetant local, on vise la création ou le maintien d’emploi locaux et que l’argent dépenser reste dans l’économie locale. On vise aussi la réduction des intermédiaires entre le producteur et le consommateur, notamment lorsqu’on achète les fruits et légumes dans les marchés, ou des produits artisanaux. L’achat local se veut généralement éthique, si vous vivez dans un pays où il y a un salaire minimum, des mesures sociales, des mesures de protection sur la santé et la sécurité des travailleurs et que le travail des enfants est interdit. Les meilleures conditions de travail font augmenter le coût final du produit.

Équitable

Le terme équitable n’est pas une appellation contrôlée, tout comme éthique, solidaire, durable, ou vert. Il existe de nombreux organismes de certification indépendants, qui ont des exigences différentes. Les plus connus (et reconnus) sont Écocert, Fair for Life, Fairtrade et Rainforest Alliance. Il peut cependant en exister d’autres selon les pays et les produits. Il ne faut donc pas se gêner à s’informer sur les certifications des produits.

Ces produits coûtent plus cher, car ils intègrent des critères environnementaux, sociaux et de relation commerciale. Tous ces critères entrainent des coûts supplémentaires, mais des coûts pour des éléments qui sont souvent ignorés par les produits conventionnels. On parle par exemple de gestion de l’eau et des déchets, développement local et communautaire, respects des droits fondamentaux du travail, de traçabilité et de coût de certification.

Biologique

Au Québec, le terme biologique est une appellation contrôlée selon la Loi sur les appellations réservées et les termes valorisants et le Règlement sur les appellations réservées, en plus de respecter les principes généraux et les normes de gestion de l’Office des normes générales du Canada et diverses lois canadiennes. Le biologique, c’est du sérieux.

Les principes généraux de la production biologique sont les suivants :

Santé : Soutenir et améliorer la santé des sols, des plantes, des animaux, des hommes et de la planète, comme étant une et indivisible.

Écologie : Être basé sur les cycles et les systèmes écologiques vivants, s’accorder entre eux, les imiter et les aider à se maintenir.

Équité : Se construire sur des relations qui assurent l’équité pas rapport à l’environnement commun et aux opportunités de la vie.

Précaution : Être conduite de manière prudente et responsable afin de protéger la santé et le bien-être des générations actuelles et futures ainsi que l’environnement.

(Office des normes générales du Canada, 2018)

De façon générale, la culture biologique se fait sans pesticides de synthèse, sans engrais chimiques de synthèse, sans boues d’épuration et sans organisme génétiquement modifiés (OGM). Les élevages sont sans hormones de croissance, l’utilisation des antibiotiques en dernier recours seulement, alimentation biologique, suffisamment d’espace pour le bien-être, la lumière solaire et l’accès à l’extérieur et au pâturage. Puisque les aliments biologiques sont généralement moins productions et sont produits à plus petite échelle, ils coûtent un peu plus cher.

Autant pour les produits locaux, équitables que biologiques, les différentes actions prises engendrent des coûts supplémentaires, que le consommateur paie, afin de permettre au producteur de continuer ses opérations.

Les nouvelles technologies vertes

Les nouvelles technologies coûtent plus cher que les modèles conventionnels et les technologies vertes ne font pas exception. Les panneaux solaires, les éoliennes ou les voitures électriques coûtent plus cher que les centrales au charbon et les voitures à essence.

Voici les éléments qui sont inclus dans le coût d’une nouvelle technologie et qui expliquent pourquoi elle coûte plus cher :

  • Les matières premières: Si la nouvelle technologie utilise des matières premières plus coûteuses, le coût du produit final sera bien sûr plus élevé.
  • Le coût de production :  La production peut être plus dispendieuse si elle demande du personnel plus qualifié, ou simplement si elle est produite en moins grande quantité. On a une moins grande quantité le produit pour y répartir le coût de la production.
  • La recherche et le développement : Une nouvelle technologie demande un investissement pour être créée. Certains éléments seront développés, testés, mais finalement pas vendu. Il faut tout de même inclure ce coût dans le produit final développé, pour rembourser son investissement.
  • Les brevets : Les nouvelles technologies ainsi que les composantes sont brevetées ou utilisent des brevets achetés, ce qui augmente le prix, le temps que les brevets deviennent du domaine public.

Les technologies vertes devraient tout de même être acquises avec prudence, tout dépend d’où se situe le gros de son impact environnemental. Si l’impact environnemental est élevé durant son utilisation (ex. une ampoule électrique), on voudra la remplacer par un modèle moins polluant à l’utilisation. En revanche, si la majorité de l’impact environnemental se fait à la fabrication ou à la fin de vie (ex. téléphone cellulaire), on voudra attendre le plus longtemps possible avant de le remplacer.

En bref

Si vous avez de la difficulté à subvenir à vos besoins de base (loyer, nourriture, bien de première nécessité), vous ne deviez pas vous sentir mal environnementalement. Ce sont les riches qui surconsomment et gaspillent, qui causent le plus grand impact écologique.

Réduire son empreinte écologique ne se fait pas du jour au lendemain, et ne devait pas engendrer une augmentation de vos déchets ou de votre consommation. Cessez l’achat d’objets superflus, attendez d’user vos objets avant de les remplacer par une version plus écologique et achetez des biens de qualité ou à valeur ajoutée et votre revenu le permet.

En fait, ce sont les riches qui n’ont aucune raison de ne pas être écologiques.

Références

Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité. (s.d.). Agriculture biologique. Récupéré sur Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité: https://www.cetab.org/quest-ce-que-lagriculture-biologique

Conseil des appellations réservées et des termes valorisants. (2018, décembre 12). Cahier des charges relatif aux produits portant des indications se référant au mode de production biologique – Annexe 1 au cahier des charges. Récupéré sur Conseil des appellations: https://www.cartv.gouv.qc.ca/sites/default/files/Cahier_des_charges_BIO_FR_Annexe-V4-1_12122018.pdf

Conseil des appellations réservées et des termes valorisants. (2019, novembre 15). Cahier des charges relatif aux produits portant des indications se référant au mode de production biologique. Récupéré sur Conseil des appellations: https://www.cartv.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents_publics/Cahier_des_charges_appellation_BIO_FR_V14-3_16102019_FR.pdf

Équiterre. (2010). L’éthique derrière l’étiquette. Récupéré sur Équiterre: https://www.equiterre.org/sites/fichiers/equiterre_ethique13_VF10-08-2010.pdf

Office des normes générales du Canada. (2018, mars). Système de production biologique – Principes généraux et normes de gestion. Récupéré sur Gouvernement du Canada: http://publications.gc.ca/collections/collection_2018/ongc-cgsb/P29-32-310-2018-fra.pdf

Roy, M. (2019, avril 16). L’achat local, c’est quoi au juste? Récupéré sur Protégez-vous: https://www.protegez-vous.ca/argent/achat-local-definition

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